Nagasaki : la fin d'un monde

C'ÉTAIT IL Y A 78 ANS Le 9 août 1945, à 11h02, alors que le Japon vient d'essuyer une première attaque meurtrière à Hiroshima quelques jours auparavant, la bombe américaine Fatman vient raser la ville de Nagasaki. Cette explosion signe la fin de la Seconde Guerre Mondiale, avec la capitulation du Japon... Mais comment en est-on arrivé là ?

L'Almanach
3 min ⋅ 09/08/2023

Les ingrédients de la catastrophe

Le 8 mai 1945, les affrontements se terminent en Europe avec la capitulation sans conditions de l’Allemagne, mais la guerre se poursuit dans le Pacifique entre le Japon et les États-Unis. À mesure que les Américains s’approchent des îles Japonaises, la lutte s’intensifie, et les attaques des belligérants sont de plus en plus meurtrières. Malgré près de deux années de défaites ininterrompues, les Japonais refusent de se rendre, et le conflit s’enlise.

En juin 1945, les responsables politiques et militaires américains savent que la conquête du Japon sera longue et coûteuse en vies humaines. Malgré une marine et une aviation en mauvaise posture, l’archipel dénombre près de 2 millions de soldats sur leur territoire, et 3 millions supplémentaires mobilisables depuis les possessions japonaises du continent asiatique, notamment en Mandchourie et en Chine.

Les protagonistes

Hiro Hito

L'empereur Hiro HitoL'empereur Hiro Hito

Du début de son règne, en 1926 ; à 1945, il n’a que très peu d’influence sur le commandement de son armée. Le pouvoir réel est exercé par les samouraïs, la plus haute caste Japonaise : celle des militaires. Ainsi, en 1931, le jeune empereur assiste à la militarisation de son pays, qui commence avec la conquête de la Chine, puis en 1942 de Singapour, Java et des Philippines. C’est à partir de mars 1945, suite aux bombardements successifs de la ville de Tokyo, qu’il intervient en tant que chef des armées. Pour lui, hors de question de capituler : le bushido, code d’honneur des Japonais interdit la reddition. Autrement dit : un mort vaut mieux qu’un lâche.

Harry TrumanLe 33e président des États-Unis, Harry TrumanLe 33e président des États-Unis, Harry Truman

Suite à la mort de Franklin Roosevelt le 12 avril 1945, Harry Truman, son vice-président lui succède. Dès le 11 mai, il organise une réunion stratégique et sélectionne avec ses conseillers, 5 villes japonaises pour des futures frappes nucléaires : Kyoto, Hiroshima, Yokohama, Kokura et Niigata sont les favorites ; mais suite à quelques réflexions, la ville de Kyoto est remplacée par celle de Nagasaki. Après le succès de l’essai Trinity le 16 juillet, et dans un souci de forcer la capitulation que leur refuse le Japon, il approuve le 21 juillet 1945 le largage de ses nouvelles bombes sur le pays.

L’histoire en marche

  • 1er avril - 22 juin 1945 : la bataille d’Okinawa est pour les Américains, le dernier rempart avant d’envahir le Japon. Les combats durent 82 jours, sans succès. Les pertes militaires sont énormes des deux côtés.

  • 18 mai 1945 : une proposition de paix est émise de la part du Japon. Elle est immédiatement refusée par les États-Unis, qui exigent une capitulation sans condition du pays.

  • 26 juillet 1945 : lors de la conférence de Potsdam, Harry Truman lance un ultimatum au Japon. Il menace l’archipel d’une destruction rapide et totale s’il ne capitule pas.

  • 28 juillet 1945 : l’ultimatum est rejeté par le Japon.

  • 6 août 1945 : la première bombe atomique est larguée au-dessus d’Hiroshima. La ville est rasée, des milliers de personnes meurent sur le coup.

  • 8 août 1945 : le ministre japonais des affaires étrangères est reçu par l’empereur Hiro Hito. Face aux dégâts provoqués par la bombe larguée sur Hiroshima, tous deux conviennent de l’inutilité de poursuivre les hostilités avec les États-Unis. Ils décident de se réunir et de prévenir le Conseil de leur décision le lendemain dans la soirée.

  • 9 août 1945 : à 11h02, Fatman, une bombe au plutonium, explose sur la ville de Nagasaki. Les pertes matérielles et humaines se cumulent avec celles d’Hiroshima : les premières estimations parlent d’un bilan de 100 000 à 200 000 victimes.

  • 14 août 1945 : “Accepter l’inacceptable”. De peur que Tokyo soit la prochaine ville visée par une attaque de cette ampleur, l’empereur Hiro Hito annonce la capitulation sans condition du pays. C’est la première fois que les Japonais entendent sa voix.

  • 2 septembre 1945 : la capitulation est signée à bord du navire Missouri, dans la baie de Tokyo, entre le général japonais Yoshijirō Umezu et le général américain Douglas MacArthur.

Les chiffres

18 kilomètres : la hauteur du champignon atomique après l’explosion de Fat Man

20 000 tonnes de TNT : c’est la puissance de la bombe jetée par les Américains sur Nagasaki

80 000 : le nombre de morts lors du bombardement de Nagasaki

Ils en parlent

Nagasaki, Éric Faye

Récompensé du Grand Prix de l’Académie française à sa sortie en 2010, ce roman tiré d’une histoire vraie raconte l’histoire d’un météorologue, qui découvre qu’en son absence, une vieille femme occupe son appartement. Pour la piéger, il décide d’installer une caméra de surveillance chez lui. Rapidement, le lecteur passe du point de vue de l’auteur à celui de la vieille femme, nous faisant entrer dans l’intimité des deux personnages. Dans cette fable, l’écrivain nous parle de sujets universels : l’isolement, le difficile devoir de mémoire et de transmission, la responsabilité vis-à-vis des personnes plus fragiles que nous, celles qui ont été abîmées par la vie, et qui traînent avec elles, le bagage de leurs souvenirs ; trop douloureux pour ne pas les partager.

“Je me dis qu’il faudrait inscrire dans toutes les constitutions du monde le droit imprescriptible de chacun à revenir quand bon lui semble sur les hauts lieux de son passé. Lui confier un trousseau de clés donnant accès à tous les appartements, pavillons et jardinets où s’est jouée son enfance, et lui permettre de rester des heures entières dans ces palais d’hiver de la mémoire. Jamais les nouveaux propriétaires ne pourraient faire obstacle à ces pèlerins du temps. J’y crois fort, et si je devais renouer un jour avec l’engagement politique, je me dis ce que ce serait l’unique point de mon programme, ma seule promesse de campagne.

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Par Ottili(r)e 📚

Otti

Écrivaine depuis mes huit ans et demie, historienne ensuite, journaliste aujourd’hui. J’ai à coeur de vulgariser mes connaissances en histoire, et de partager mes coups de coeur littéraires. Parce-qu’à travers les mots on peut non seulement s’informer, mais aussi méditer et s’inspirer.

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