Victor Hugo et les États-Unis d'Europe : un discours pour la paix

C'ÉTAIT IL Y A 174 ANS... Victor Hugo, président du Congrès "des amis de la paix universelle" se tenant à Paris, fait dans son discours inaugural, un plaidoyer pour une république européenne. À travers la célèbre formule des "États-Unis d'Europe", il entend défendre un idéal universel : celui d'un monde sans guerre.

L'Almanach
4 min ⋅ 21/08/2023

Un an après le “Printemps des Peuples” de 1848, l’Europe est pour toujours changée par l’apparition de sentiments nationaux populaires dans de nombreux pays : les Allemands, les Polonais, mais aussi les Belges et les Italiens souhaitent s’affranchir des dominations impériales pour se regrouper autour d’une langue, d’une culture ou d’un passé commun, et s’unir au sein d’un État. Ces mutations populaires ont conduit à la fin de la monarchie constitutionnelle en France, et à l’instauration de la Seconde République. Victor Hugo, ancien proche du roi, ne quitte pas la politique pour autant. D’abord républicain modéré, le glissement de la République vers un régime autoritaire, l’a fait, lui, basculer d’un camp à l’autre.

Victor Hugo : du monarchiste au Républicain

Victor Hugo grandit tiraillé dans une famille aux intérêts politiques opposés : une mère, royaliste et vendéenne et un père républicain. Jospeh Léopold Sigisbert Hugo, d’abord officier de la Révolution, devient soldat sous l’empire, puis général de Napoléon Ier. Il lui sera d’ailleurs loyal jusqu’à sa dernière heure.

  • le 7 janvier 1841 : déjà doté d’une grande notoriété littéraire, Victor Hugo est élu à l’Académie Française.

  • le 15 avril 1845 : il est nommé à la chambre des Pairs par le roi Louis-Philippe.

  • le 4 juin 1848 : après la Révolution de février, il est élu à l’Assemblée constituante en tant que député républicain modéré, voire républicain conservateur. Il voit d’abord d’un mauvais oeil la Révolution.

  • le 15 septembre 1848 : il prononce un discours à l’Assemblée Nationale contre la peine de mort.

  • 1849 est une année cruciale pour Victor Hugo. Après les difficiles manifestations de juin 1849 en faveur des républicains, le parti de gauche est grandement réprimé et affaibli ; ses têtes de file s’exilent et la majorité politique, contre-révolutionnaire en profite pour faire passer des lois répressives : restriction du suffrage, loi contre la presse, loi de déportation. C’est à ce moment là que Victor Hugo, estimant que la République est menacée, rompt avec les monarchistes et se rallie au camp des Républicains, à gauche.

  • le 9 juillet 1849 : il prononce un discours contre la misère à l’Assemblée Nationale.

La Conférence des “amis de la paix universelle” : le projet d’une Europe pacifique

La décennie de 1840 à 1850 est la première vague du mouvement pacifiste, conséquence des aspirations romantiques européennes. Dès 1843, suite à l’initiative des sociétés de paix anglo-saxonnes, de nombreuses sociétés de paix similaires apparaissent en Europe. Pour diffuser leurs idées, elles organisent des congrès internationaux. Ainsi, le 21 août 1849 s’ouvre celui des “amis de la paix universelle” à Paris. Le comité décide d’élire Victor Hugo président du Congrès : c’est donc à lui de prononcer le discours d’inauguration. Il sera aussi chargé de diriger et de clore les débats.

Brouillon du discours de Victor Hugo, lors de l'inauguration du congrès pour la paix, le 21 août 1849Brouillon du discours de Victor Hugo, lors de l'inauguration du congrès pour la paix, le 21 août 1849

Selon lui : l’organisation politique de l’Europe serait une solution pour assurer paix et stabilité sur le continent. Cette paix rendrait alors inutiles les dépenses pour l’entretien des armées nationales, dépenses qui pourraient ensuite être utilisées pour d’autres grands projets, comme celui de mettre un terme à la misère. Sa première source d’inspiration : l’ouvrage de Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (1760-1825), intitulé De la réorganisation de la société européenne (1814).

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Par Ottili(r)e 📚

Otti

Écrivaine depuis mes huit ans et demie, historienne ensuite, journaliste aujourd’hui. J’ai à coeur de vulgariser mes connaissances en histoire, et de partager mes coups de coeur littéraires. Parce-qu’à travers les mots on peut non seulement s’informer, mais aussi méditer et s’inspirer.

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